Missive, un site de livres osés, féministes et militants qui transforment notre monde et alimentent notre pensée.

Je l’ai suivi dès sa création et j’ai pu en voir son évolution. C’est un site qui m’a fait du bien et qui a contribué à alimenter ma pensée féministe et critique. En tant que personne travaillant dans le milieu de l’éducation, il m’a ouvert des champs du possible.
Pourquoi présenter ce site en lien avec la thématique des femmes déchaînées ? Parce que je suis persuadée que la lecture, la construction de l’esprit critique peut amener à renverser progressivement la société patriarcale dans laquelle nous vivons.
Camille Abbey qui a crée ce site a accepté de répondre à mes questions.

Comment t’est venue l’idée de lancer ce site et peux-tu nous résumer ce qu’il propose ?

Camille Abbey : J’ai lancé ce site fin 2018 car j’avais beaucoup de discussions avec des amies sur les livres qu’on lisait et je me suis dit que ce serait intéressant d’avoir une plateforme qui regroupe toutes les critiques, les avis, les coups de cœur, les recommandations. Ce site est d’autant plus utile que les parutions qui se réclament du féminisme ou qui le sont par leur contenu sont de plus en plus nombreuses – et c’est une excellente chose – mais on a parfois du mal à se repérer dans cette abondance de parutions, entre les coups marketing des éditeurs, les pépites passées inaperçues et les classiques. On a aussi une section bandes dessinées qui abrite des créations originales, Missives en BD, et une section où une comédienne, Marie-Émilie Michel, lit des extraits d’œuvres, Missives en écoute.

Était-ce dans un but militant ? Si oui, lequel ? Et si oui, comment est né ton militantisme ?

CA : Le but avec Missives est de s’instruire, d’éveiller les consciences, de permettre à tous·tes de déconstruire les schémas patriarcaux dans lequel on est souvent coincé·e·s et bien sûr de prendre du plaisir à lire des livres qui nous montrent d’autres mondes possibles, qui nous donnent de l’espoir quant à une société plus égalitaire et qui permettent de s’émouvoir tout en réfléchissant. En cela, Missives a un but militant. Mais dans les faits, nous ne proposons pas encore d’actions concrètes. Nous avons par ailleurs un partenariat avec l’association Humans for Women qui elle propose tout un tas d’actions ayant pour objectif la lutte pour l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, la promotion d’une société égalitaire et déconstruite, ainsi que l’accompagnement des femmes en situation de vulnérabilité. Cela va des cours de français pour femmes exilées à la tenue de la féministhèque, une bibliothèque féministe, qui a plusieurs lieux à Paris.

Quand j’ai découvert le site Missives, j’y ai découvert des autrices et redécouvert d’autres dont j’avais vaguement entendu parler. Est-ce que le but de ce site est de rendre visibles des femmes ayant été invisibilisées ou empêchées d’être publiées à différentes époques ?

CA : Oui, c’est effectivement un des buts de Missives. De remettre sous les projecteurs des autrices oubliées ou censurées. Mais le site fait la part belle également à des autrices reconnues et médiatiques. L’objectif est de mettre en avant et de faire connaître des livres de qualité et diversifiés – romans, essais, jeunesse, etc. – sur tout un tas de sujets.

Est-ce que, dès le début, tu as eu envie que ce soit un site participatif ?

L’aspect participatif était une volonté dès le départ, c’est une des bases du projet. Donner la parole au plus de voix possible. L’idée est en effet de couvrir le plus de parutions possible et d’avoir des points de vue, des centres d’intérêts différents. Autrement j’aurais fait un blog. Chacune a ses compétences. J’écris et je relis les articles mais c’est par exemple une autre femme qui s’occupe d’Instagram et de Twitter, avec succès. Plus on est nombreuses, plus le site est riche et pertinent il me semble. Nous allons bientôt être quarante contributrices et c’est une grande fierté. Les contributions sont d’ailleurs toujours les bienvenues. Le pré-requis est tout de même d’avoir l’habitude d’écrire et savoir manier la plume.

Pourrais-tu me donner deux-trois livres qui t’ont marquée tout au long de ta vie et pour quelles raisons?

CA : Bad Feminist de Roxane Gay. L’essayiste américaine y revient sur sa vie personnelle et universitaire, insiste sur l’importance de l’intersectionnalité et assume ses contradictions. Cet essai montre que le féminisme est un chemin, qu’il est à la fois un apprentissage et un combat, et qu’on peut ne pas être de parfaites féministes, bref, un livre qui fait du bien. Les Sentiments du Prince Charles de Liv Strömquist, une BD qui déconstruit l’aliénation que représentent certaines relations amoureuses par le prisme d’une histoire oppressive des femmes. Cette lecture peut être une véritable révélation sur la façon d’appréhender le couple ou les relations amoureuses. Et enfin, Sorcières de Mona Chollet. L’autrice revient sur la figure de la sorcière, brûlée à la Renaissance parce que trop indépendante, trop instruite, trop effrayante et dangereuse. C’est aussi une peinture de notre société actuelle, encore trop polarisée sur les genres et où les femmes peinent à se détacher des injonctions

Quelle est ton dernier gros coup de cœur de livre féministe?

CA : J’ai beaucoup aimé le dernier livre de Fiona Schmidt, Lâchez-nous l’utérus, sur la charge maternelle qui pèse sur les mères et sur les femmes qui ont décidé de ne pas avoir d’enfants. Les injonctions contraires, la culpabilisation, la mise en avant de standards inatteignables, les pressions… Il est utile de réfléchir sur ces thèmes au sujet de la maternité, qui reste encore souvent un impensé dans les mouvements féministes actuels.