Ce matin, ma mère n’était pas contente.

Ce matin, ma mère n’était pas contente. Sa petite-fille avait campé la nuit dernière dans un bois avec ses 2 copines. Elles ont toutes 19 ans. Des proies faciles, selon ma mère. « Qu’ont-elles en tête ? Elles n’ont pas conscience du danger ? »

Oui LE danger…celui qui rôde sans cesse. Ma mère me rappelle l’histoire de 3 campeuses qui ont été violées par des hommes, il y a quelques années.

J’envie ma nièce et ses copines de ne pas avoir eu « conscience du danger ».

Moi, j’en ai toujours eu tellement conscience que je me suis auto-censurée tellement de choses. Jamais je n’aurais osé aller camper dans un bois, pas même à mon grand âge de quadra.

Jamais, je n’aurais osé marcher seule la nuit dans des rues désertes. Jamais, je n’aurais même osé aller jogger en pleine journée seule dans un bois. La série est longue…

Et même plus récemment, pendant le confinement, j’ai pensé un instant aller jogger à 7h du matin pour éviter de croiser quelqu’un, potentiellement porteur du Covid. Je me suis vite ravisée. Plutôt croiser le virus que de me retrouver seule dans l’espace urbain… Je ne sais pas sur qui je pourrais tomber.

La presse m’a donné raison. Les harcèlements de rue ont augmenté durant le confinement.

De manière un peu naïve peut-être, j’espère toujours qu’il ne m’arrivera rien si je ne suis pas seule dans l’espace publique.

J’aimerais tellement avoir l’insouciance de ma nièce à disposer de l’espace publique comme bon me semble mais je ne peux m’empêcher de donner raison à ma mère, pour une fois : non le bois, la nuit, n’est pas un espace sécurisé pour les femmes. Et je suis triste de devoir sensibiliser ma nièce à la prudence quand elle désire dormir où bon lui semble. Mais je crois sincèrement que, même en Europe, en 2020, les femmes n’ont pas le loisir d’être insouciantes une fois qu’elles franchissent le pas de leur porte.

44 ans.